Caution simple ou caution solidaire : la différence qui change tout
Toute caution est l'engagement d'un tiers (le garant) à payer ce que le débiteur principal (le locataire) ne paierait pas. Mais selon que la caution est simple ou solidaire, vos recours diffèrent radicalement.
Caution simple — beneficium discussionis
Le bailleur doit d'abord poursuivre le locataire jusqu'à l'épuisement de ses recours avant de pouvoir actionner la caution. Le garant peut opposer le « bénéfice de discussion » : demandez au locataire d'abord, prouvez qu'il est insolvable, ensuite seulement, je paierai.
Caution solidaire — sans préalable
Le bailleur peut s'adresser immédiatement à la caution dès le premier impayé, sans tenter au préalable de recouvrer auprès du locataire. C'est ce qui rend cette forme infiniment plus efficace — et c'est précisément pour cela qu'elle est devenue la norme dans les baux d'habitation depuis quinze ans.
En cas de doute sur la forme : si l'acte de caution ne précise pas « solidaire », c'est une caution simple par défaut. Vérifiez systématiquement.
Le formalisme depuis la réforme du 1er janvier 2022
L'article 22-1 de la loi du 6 juillet 1989 a été allégé par la réforme du droit du cautionnement (ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021). Avant 2022, la caution devait recopier à la main une mention longue et précise. Depuis le 1er janvier 2022, l'acte doit comporter une mention plus courte attestant l'engagement de payer en cas de défaillance du locataire, avec indication d'un montant maximum chiffré.
Mentions obligatoires
- L'engagement à payer les sommes dues par le locataire en cas de défaillance, dans la limite d'un montant expressément stipulé
- Le caractère solidaire si tel est l'objet (sinon = caution simple)
- Une copie du bail remise à la caution (sous peine de nullité)
- L'identité du locataire principal et celle de la caution
- La durée de l'engagement (durée déterminée ou indéterminée — voir section « durée »)
Sanction du défaut
Le non-respect du formalisme entraîne la nullité du cautionnement. C'est une nullité absolue, qui peut être soulevée par le garant tout au long de la procédure — y compris en appel. D'où l'importance de faire vérifier la rédaction par un professionnel avant signature, surtout pour les baux à fort enjeu.
Ce que couvre (et ne couvre pas) la caution
L'étendue dépend du libellé exact de l'acte de cautionnement. À défaut de précision, la jurisprudence retient une étendue restrictive — la caution est interprétée en faveur du garant.
Postes habituellement couverts
- Loyers impayés et leurs intérêts de retard
- Charges locatives récupérables impayées
- Indemnités d'occupation après résiliation du bail
- Frais de remise en état des dégradations imputables au locataire
- Frais de procédure dans la limite contractuelle
Postes exclus sauf mention expresse
- Indemnités liées à un changement de bail (révision, renouvellement) non prévues
- Pénalités contractuelles non chiffrées dans le bail initial
- Dégradations dues à un défaut d'entretien du bailleur
La procédure de mise en œuvre
Trois étapes à respecter pour que la mise en jeu soit incontestable :
- Information annuelle : depuis la loi du 31 décembre 1989, le bailleur doit informer chaque année la caution du montant garanti, sous peine de déchéance des accessoires (intérêts, pénalités). Cette obligation est cumulative sur toute la durée du bail.
- Mise en demeure formelle du locataire par lettre recommandée AR. Information simultanée à la caution dans le délai d'un mois suivant le premier impayé, faute de quoi la caution n'est pas tenue des pénalités et intérêts ultérieurs.
- Mise en demeure de la caution elle-même, par recommandé AR, après échec de la mise en demeure au locataire. Le garant a généralement 8 à 15 jours pour régulariser.
Si la caution s'avère elle aussi introuvable — ce qui est plus fréquent qu'on imagine quand le bail a 5 ans —, une recherche d'adresse devient nécessaire avant la procédure. C'est le cœur de notre prestation recherche de locataire, qui couvre par extension les garants disparus.
Durée du cautionnement — un point souvent mal lu
Cautionnement à durée déterminée
L'acte mentionne une durée précise (3 ans, 6 ans, durée du bail initial). À l'expiration, la caution est définitivement libérée — y compris pour les dettes nées avant terme mais découvertes après.
Cautionnement à durée indéterminée
Sans mention de durée, la caution peut se résilier à tout moment par lettre recommandée AR adressée au bailleur. La résiliation prend effet à la fin du bail en cours (ou de son renouvellement). Les dettes antérieures à la résiliation restent dues.
Décès de la caution
Depuis la jurisprudence Lamamra (Cass. Ch. mixte, 29 juin 2007) et l'évolution de la loi : le décès de la caution n'éteint que les dettes futures, jamais les dettes nées avant le décès. Les héritiers reprennent ces dernières dans la limite de l'actif successoral.
Sources et textes de référence
- Article 22-1 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — Légifrance
- Ordonnance n° 2021-1192 du 15 septembre 2021 — réforme du droit du cautionnement
- Article 2297 du Code civil — mentions du cautionnement
- Loi du 31 décembre 1989 (loi Neiertz) — information annuelle de la caution
Article informatif ne valant pas conseil juridique personnalisé.
À propos de l'auteur
Ianis Mimoun, fondateur du Cabinet Véracité, ARP agréé CNAPS. Le cabinet localise locataires et garants partis sans laisser d'adresse, sur tout le territoire national. Voir la fiche complète.