Le seul critère qui tranche : connaît-on l'héritier ?
On confond souvent les deux métiers parce qu'ils aboutissent au même résultat — retrouver quelqu'un dans le cadre d'une succession. Mais ils ne partent pas du même point, et c'est précisément ce point de départ qui désigne le bon interlocuteur.
Si l'on ignore qui sont les héritiers — un défunt sans descendance connue, une branche familiale perdue de vue, un arbre généalogique à reconstituer — c'est un travail de généalogiste successoral. Si l'on sait précisément qui hérite mais qu'une personne identifiée a disparu de la circulation (déménagement non signalé, parti à l'étranger, plus aucun contact), c'est une mission de localisation, qui relève aussi de l'agent de recherches privées.
Reconstituer une dévolution, ce n'est pas la même chose que retrouver une adresse. Tout le reste — cadre légal, méthode, et surtout facture — découle de cette distinction.
Le généalogiste successoral : reconstituer la dévolution
Le généalogiste successoral intervient quand l'identité ou le nombre des héritiers est incertain. Il reconstitue la chaîne de filiation à partir des actes d'état civil pour établir la dévolution — c'est-à-dire qui hérite, et dans quel ordre, selon les règles de succession des articles 734 et suivants du Code civil.
Son intervention est strictement encadrée. L'article 36 de la loi n° 2006-728 du 23 juin 2006 portant réforme des successions pose une règle simple : « nul ne peut se livrer ou prêter son concours à la recherche d'héritier dans une succession ouverte s'il n'est porteur d'un mandat donné à cette fin ». Ce mandat émane le plus souvent du notaire chargé du règlement, qui sollicite un généalogiste lorsque ses propres recherches échouent (Chambre des notaires de Paris).
Une fois l'héritier inconnu identifié, le généalogiste lui propose un contrat de révélation de succession : il s'engage à lui révéler ses droits et à l'accompagner devant le notaire, en échange d'un pourcentage de l'actif net qu'il percevra. C'est là que se loge l'enjeu financier — j'y reviens plus bas.
L'agent de recherches privées : localiser une personne identifiée
L'agent de recherches privées (ARP) exerce dans le cadre du Livre VI du Code de la sécurité intérieure, en particulier l'article L621-1. Son métier n'est pas de dresser un arbre généalogique, mais de retrouver une personne déterminée à partir de sources légales et ouvertes : recoupements documentaires, registres publics, vérifications de terrain.
Concrètement, dès lors que le défunt et ses héritiers sont connus — l'acte de notoriété est établi, la dévolution n'est pas en cause — mais qu'un héritier nommément désigné est introuvable, la mission devient une simple localisation. Un héritier parti à l'étranger sans laisser d'adresse, un frère brouillé avec la famille depuis vingt ans, un légataire dont on n'a qu'un ancien numéro : autant de cas où l'ARP retrouve la trace et fournit une adresse vérifiée.
Deux garde-fous, pour être précis. Toute mission suppose un mandat écrit préalable et une finalité légitime au sens du RGPD ; un ARP travaille uniquement sur des sources ouvertes et n'a accès à aucun fichier réservé (état civil intégral, fichiers fiscaux ou bancaires). Et il intervient en localisation, pas en établissement de la dévolution : si l'incertitude porte sur qui hérite, c'est le généalogiste qu'il faut.
La vraie différence pour les héritiers : le prix
C'est le point le plus concret, et le plus mal connu. Les deux professions ne facturent pas du tout de la même manière.
Le généalogiste, via le contrat de révélation, se rémunère par un pourcentage de la part successorale — souvent 30 à 40 % HT de l'actif net revenant à l'héritier retrouvé. Le modèle se défend quand l'héritier ignorait tout de ses droits : sans le généalogiste, il n'aurait rien touché. Mais il devient discutable lorsque la personne aurait, de toute façon, fini par être informée. La Cour de cassation l'a sanctionné : un contrat de révélation peut être annulé pour absence de cause lorsque l'existence de la succession serait « normalement parvenue à la connaissance de l'héritier sans l'intervention du généalogiste » (Cass. 1re civ., 9 juillet 2015, n° 14-17.447). Le juge peut aussi réduire des honoraires jugés excessifs au regard du service rendu.
L'ARP, lui, facture des honoraires forfaitaires sur devis, indépendants du montant de l'héritage. Pour un héritier déjà identifié qu'il suffit de localiser, cela change tout : sur une succession conséquente, un forfait de localisation de quelques centaines d'euros pèse infiniment moins lourd qu'un prélèvement proportionnel sur la part reçue.
À garder en tête
Un contrat de révélation au pourcentage n'a de sens que face à un héritier qu'on n'aurait jamais retrouvé autrement. Dès lors que l'héritier est connu et qu'il « manque » seulement une adresse, le forfait de localisation est presque toujours la voie la plus économe.
Qui appeler pour quoi
Appelez un généalogiste successoral si…
- vous ignorez qui sont les héritiers ou combien ils sont ;
- une branche familiale entière est à reconstituer ;
- le notaire a besoin d'un acte de dévolution sécurisé avant de régler la succession.
Appelez un agent de recherches privées si…
- l'héritier est nommément connu mais introuvable (adresse perdue, parti à l'étranger) ;
- vous voulez un coût maîtrisé et forfaitaire, sans prélèvement sur la part successorale ;
- vous avez besoin d'une adresse vérifiée et d'un rapport opposable à produire au notaire.
Les deux métiers ne s'opposent pas : ils se complètent. Le généalogiste sécurise la dévolution incertaine ; l'ARP retrouve, à coût fixe, un ayant droit déjà identifié. Le bon réflexe est de poser, en amont, la seule question qui compte : sait-on qui chercher, ou faut-il encore le déterminer ?
Sources et textes de référence
- Décès : règlement de la succession et héritiers — service-public.fr (consulté le 2 juin 2026)
- Le notaire, la succession, le généalogiste — Chambre des notaires de Paris (mandat de recherche d'héritier, loi n° 2006-728 du 23 juin 2006, art. 36)
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 9 juillet 2015, n° 14-17.447 — nullité du contrat de révélation pour absence de cause (Légifrance)
- Article L621-1 du Code de la sécurité intérieure — activité d'agent de recherches privées (Légifrance)
Ce contenu est informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation, consultez votre notaire, votre avocat ou un agent de recherches privées agréé CNAPS.
À propos de l'auteur
Ianis Mimoun est le fondateur du Cabinet Véracité, agent de recherches privées agréé CNAPS (autorisation n° AUT-092-2123-01-31-20240894137). Il intervient sur tout le territoire national en localisation de personnes, notamment d'héritiers nommément connus mais introuvables, et remet des rapports opposables produits dans le respect du cadre légal et du RGPD. Voir la fiche complète.