Recouvrement de créance · Guide complet

Comment retrouver un débiteur légalement en 2026.

Une nouvelle procédure simplifiée est entrée en vigueur le 23 avril 2026. Elle change la donne pour les créances commerciales — à condition de savoir où adresser le commandement de payer. Voici la séquence ordonnée, du contrôle de prescription à l'exécution forcée, avec les bons appuis légaux à chaque étape.

Par Ianis Mimoun, ARP agréé CNAPS Publié le Lecture ~9 min

Avant tout : ce qui a changé en avril 2026

La loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 instaure une procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées, déjudiciarisée et plus rapide que l'injonction de payer classique (Légifrance).

En pratique : le créancier mandate un commissaire de justice qui signifie au débiteur un commandement de payer. Le débiteur dispose d'un mois pour réagir. Sans paiement ni contestation, le commissaire de justice dresse un procès-verbal de non-contestation rendu exécutoire par le greffe. Les frais sont à la charge exclusive du débiteur, ce qui change l'économie du recouvrement.

La procédure est réservée aux créances entre commerçants, facturées et non contestées. Hors de ce périmètre (créances entre particuliers, créances civiles, créances déjà contestées), c'est la procédure classique qui s'applique. Mais dans les deux cas, vous ne pouvez rien lancer sans une adresse fiable du débiteur. C'est ce qui structure la séquence ci-dessous.

1. Vérifier que la créance est encore exigible

Avant d'engager le moindre frais, contrôlez la prescription. Une créance prescrite est juridiquement éteinte : aucune procédure ne pourra plus la faire reconnaître, même avec preuves à l'appui.

Les délais à connaître

  • Cinq ans pour la plupart des créances entre professionnels, entre particuliers, et entre professionnels et particuliers — c'est le délai de droit commun fixé par l'article 2224 du Code civil.
  • Deux ans pour les créances d'un professionnel contre un consommateur (article L218-2 du Code de la consommation) — typiquement les factures télécom, énergie, abonnements.
  • Trois ans pour les loyers et charges locatives (depuis la loi ALUR — voir notre article Locataire parti sans préavis).
  • Dix ans à compter du jour où le jugement devient définitif si vous avez déjà un titre exécutoire.

Le point de départ "glissant"

L'article 2224 utilise une formule importante : la prescription court « à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ». Si la facture date du 12 mars 2024 mais que vous n'avez découvert l'identité réelle du débiteur qu'en novembre 2024 (cas fréquent dans les fraudes à l'identité), le délai démarre à cette dernière date. Plafond absolu : vingt ans à compter de la naissance du droit.

2. Reconstituer un dossier solide

Tout recouvrement repose sur un dossier complet. C'est la pièce que vous présenterez à l'huissier, à l'ARP ou au juge — sa solidité conditionne directement la suite.

Les pièces indispensables

  • Le contrat, la facture, ou le bon de commande signé prouvant l'existence de la créance
  • Les bons de livraison ou attestations de service fait
  • Les mises en demeure éventuellement déjà adressées (avec les accusés de réception)
  • L'identité complète et exacte du débiteur (nom, prénom ou raison sociale, SIRET le cas échéant, dernière adresse connue)
  • Le détail du compte : principal, intérêts de retard, indemnité forfaitaire de 40 € pour les créances B2B (article L441-10 du Code de commerce)

Astuce pratique : si la créance porte sur plusieurs factures, faites un tableau de synthèse — date, numéro, montant, échéance, statut. Cela accélère le travail des intervenants suivants et limite les erreurs d'imputation lors d'un paiement partiel.

3. Tenter le recouvrement amiable avant tout

Statistiquement, environ 60 % des impayés se règlent au stade amiable, à un coût bien inférieur à toute procédure. C'est aussi l'étape qui permet de qualifier la situation : mauvais vouloir ? difficulté de trésorerie ? contestation cachée ? débiteur introuvable ?

La mise en demeure formelle

Adressez une lettre recommandée avec accusé de réception comportant : référence des factures, montant exact dû, délai imparti (généralement 8 jours), mention « mise en demeure » explicite, conséquences en cas de non-paiement (intérêts de retard, frais de recouvrement). Pour les créances B2B, ajoutez le rappel de l'indemnité forfaitaire et des intérêts au taux légal majoré.

Quand passer à l'étape suivante

Trois signaux indiquent qu'il faut sortir de l'amiable :

  • La lettre revient « N'habite pas à l'adresse indiquée » (NPAI) → étape 4 (localisation) avant tout
  • Le débiteur ne répond pas et le délai imparti est dépassé → étape 5 (procédure)
  • Le débiteur conteste partiellement ou totalement → arbitrage avant procédure, la procédure simplifiée 2026 ne sera plus accessible

4. Localiser le débiteur — l'étape qui fait basculer le dossier

Sans adresse exacte, aucune procédure n'est exécutable. Vous obtiendrez peut-être un jugement, mais vous ne pourrez ni le signifier, ni saisir le moindre actif. C'est l'étape qui justifie le plus souvent l'intervention d'un professionnel.

Pour un débiteur personne morale (entreprise)

Commencez par les sources gratuites : Infogreffe, BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales), Pappers, Société.com. Vous y trouverez le siège social en cours, les dirigeants actuels, l'éventuelle procédure collective en cours (sauvegarde, redressement, liquidation), et le détail des établissements secondaires.

Si la société a disparu sans radiation officielle : faites tirer un Kbis récent (3 € sur Infogreffe). Mention « radiée » ou « dissoute » = vérifiez l'état du compte de liquidation. Mention « active » mais bureaux vides = c'est typiquement le moment où un ARP devient utile pour identifier l'activité réelle et les comptes actifs.

Pour un débiteur personne physique

Sources gratuites : Pages blanches, annuaire inversé, réexpédition postale de La Poste (vous adressez le courrier à l'ancienne adresse, La Poste le réachemine sans vous communiquer la nouvelle), interrogation de la mairie (qui ne donnera pas l'adresse mais peut confirmer un décès ou un déménagement vers une autre commune).

Au-delà, l'agent de recherches privées agréé CNAPS intervient dans le respect du Code de la sécurité intérieure (article L621-1) et du RGPD. Sa mission : remettre au créancier un rapport circonstancié indiquant l'adresse vérifiée, l'employeur actuel (utile pour la saisie sur salaire à venir), et l'éventuel patrimoine identifiable. Ce rapport est opposable : il peut être versé au dossier judiciaire.

Repère pratique

À la différence du commissaire de justice — qui ne peut accéder aux fichiers FICOBA, véhicules, etc. qu'une fois muni d'un titre exécutoire — l'ARP travaille en phase amiable. Il identifie où adresser ce titre. Voir notre prestation dédiée recherche de débiteur.

5. Choisir la bonne procédure et l'enclencher

Adresse vérifiée en main, vous orientez le dossier vers la procédure adaptée à votre cas. Trois voies principales en 2026 :

La procédure simplifiée 2026 (créances commerciales incontestées)

Réservée aux créances B2B facturées et non contestées. Le commissaire de justice signifie un commandement, le débiteur a un mois pour payer ou contester, et passé ce délai sans contestation, le procès-verbal de non-contestation est rendu exécutoire. Délai total typique : 2 à 3 mois. Frais à la charge du débiteur.

L'injonction de payer (procédure unilatérale)

Procédure rapide (4 à 6 mois) du tribunal judiciaire ou du tribunal de commerce. Vous déposez une requête écrite avec pièces, le juge statue sans audience contradictoire. Le débiteur a un mois après signification pour faire opposition — auquel cas l'affaire bascule en procédure normale. Procédure recommandée quand la créance est claire et que vous voulez aller vite (service-public.gouv.fr).

L'assignation au fond (procédure contradictoire)

Quand la créance est complexe, contestée ou s'accompagne de demandes annexes (dommages-intérêts, résiliation de contrat). Délai : 8 à 18 mois. Procédure recommandée quand il faut un jugement détaillé et motivé.

Et après le titre exécutoire ?

Le commissaire de justice peut alors procéder aux mesures d'exécution forcée : saisie-attribution sur comptes bancaires (avec accès au FICOBA), saisie sur salaire si l'employeur est connu, saisie-vente de biens, saisie immobilière. C'est à ce stade que les informations remontées par l'ARP en phase 4 (employeur, patrimoine) payent leur pleine valeur.

Sources et textes de référence

  1. Loi n° 2026-307 du 23 avril 2026 — procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées (Légifrance, consulté le 25 mai 2026)
  2. Article 2224 du Code civil — prescription quinquennale de droit commun
  3. Injonction de payer et procédure simplifiée — service-public.gouv.fr
  4. Article L621-1 du Code de la sécurité intérieure — activité d'agent de recherches privées
  5. Procédure simplifiée de recouvrement des créances commerciales incontestées — Service Public Entreprendre

Ce contenu est informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour votre situation, consultez votre avocat, votre commissaire de justice ou un agent de recherches privées agréé CNAPS.

À propos de l'auteur

Ianis Mimoun est le fondateur du Cabinet Véracité, agent de recherches privées agréé CNAPS (autorisation n° AUT-092-2123-01-31-20240894137). Il intervient sur tout le territoire national en localisation de débiteurs, identification d'employeur pour saisie sur salaire et enquêtes patrimoniales préalables. Voir la fiche complète.

Débiteur introuvable ?

Adresse vérifiée + employeur connu,
avant d'engager le moindre frais judiciaire.

Honoraires à partir de 590 € HT (HT = TTC), devis nominatif sous 24 h, paiement à la remise du rapport opposable, satisfait ou remboursé si introuvable.