Bail d'habitation · Recouvrement

Dégradations locatives : chiffrer les réparations et récupérer sur un locataire parti

L'appartement est rendu abîmé, le dépôt de garantie ne couvre pas tout, et le locataire a déjà quitté les lieux — parfois sans laisser d'adresse. Qui paie quoi, comment le prouver, et jusqu'où le bailleur peut-il aller ? Le partage se joue sur une ligne précise : la dégradation imputable au locataire d'un côté, l'usure normale à la charge du propriétaire de l'autre.

Par Ianis Mimoun, ARP agréé CNAPS Publié le Lecture ~7 min

Usure normale ou dégradation : la ligne de partage

Tout le contentieux de sortie de bail tient dans une distinction. Le locataire répond des dégradations qu'il a causées ; il ne répond pas de l'usure normale du logement liée au temps et à un usage conforme. L'article 7 de la loi du 6 juillet 1989 le pose : le locataire doit répondre des dégradations survenues pendant la location, sauf lorsqu'elles proviennent de la vétusté, d'un vice de construction, d'un cas de force majeure ou du fait d'un tiers.

Concrètement : une moquette défraîchie après huit ans d'occupation, une peinture ternie, un joint qui a jauni relèvent de l'usure. Un trou dans une cloison, une porte enfoncée, un parquet brûlé, des équipements cassés ou manquants, une saleté anormale qui excède un simple ménage relèvent de la dégradation. Entre les deux, la frontière se démontre — elle ne se décrète pas.

Cette démonstration repose sur un instrument unique et décisif : la comparaison entre l'état des lieux d'entrée et l'état des lieux de sortie. Sans état des lieux d'entrée, le locataire est présumé avoir reçu le logement en bon état (article 1731 du Code civil), ce qui rend la réclamation du bailleur beaucoup plus fragile. Le premier réflexe utile se joue donc au début du bail, pas à sa fin.

Ce que la vétusté retire au bailleur

La vétusté est la principale limite au droit du bailleur. Définie par le décret n° 2016-382 du 30 mars 2016, pris en application de la loi ALUR, elle est l'état d'usure ou de détérioration résultant du temps ou de l'usage normal des matériaux et équipements du logement. La règle qui en découle est nette : la réparation des dégradations imputables à la vétusté incombe au propriétaire, même lorsqu'il s'agit de réparations qui seraient normalement à la charge du locataire.

Le décret ouvre la possibilité d'annexer au bail une grille de vétusté — issue d'un accord collectif de location — qui fixe, pour les principaux matériaux et équipements, une durée de vie théorique et des coefficients d'abattement forfaitaires annuels. Concrètement, une grille prévoit par exemple qu'une peinture s'amortit sur sept ans : au bout de cinq ans d'occupation, le bailleur ne peut plus facturer qu'une fraction résiduelle de la remise en peinture, même si le mur porte des marques. Cette grille, quand elle existe, transforme un débat subjectif en calcul.

La conséquence pratique est simple à retenir : un bailleur qui facture au locataire le remplacement à neuf d'un équipement usé s'expose à voir sa retenue annulée par le juge. Le bon montant n'est pas le prix du neuf, c'est le coût de la réparation net de vétusté. Chiffrer trop haut, c'est risquer de tout perdre.

Chiffrer les réparations : devis, factures, preuves

Le régime du chiffrage est encadré par l'article 22 de la loi du 6 juillet 1989. Le dépôt de garantie, plafonné à un mois de loyer hors charges, doit être restitué dans un délai maximal d'un mois lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée, ou de deux mois en cas de différences justifiant une retenue.

Surtout, toute retenue doit être dûment justifiée. Le bailleur ne peut pas garder une somme au forfait ou « à l'estime ». Il lui faut des pièces : état des lieux d'entrée et de sortie, photographies datées, et surtout devis ou factures correspondant aux réparations. Un devis suffit à motiver la retenue dans le délai ; la facture consolide la somme réellement due. À défaut de justificatif, la retenue est irrégulière, et le locataire peut en obtenir la restitution.

Deux garde-fous encadrent le bailleur. D'une part, la restitution tardive est sanctionnée : toute somme due au locataire et non restituée dans les délais est majorée de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard commencé. D'autre part, dans un immeuble collectif, le bailleur peut conserver une provision (au plus 20 % du dépôt) jusqu'à l'arrêté annuel des comptes de la copropriété. La rigueur documentaire protège donc autant qu'elle contraint : un dossier de retenue solide est un dossier chiffré, pièce par pièce.

Quand les dégradations dépassent le dépôt de garantie

C'est la situation que redoutent les bailleurs : les réparations dépassent, parfois largement, le mois de loyer déposé en garantie. Il faut ici lever une confusion fréquente — le dépôt de garantie n'est pas un plafond d'indemnisation. Il n'est qu'une avance destinée à couvrir, par compensation, ce que le locataire doit. Si le coût des dégradations excède le dépôt, le bailleur conserve l'intégralité de celui-ci et conserve une créance pour le surplus.

Ce surplus se réclame comme n'importe quelle créance. La marche est classique : mise en demeure motivée, accompagnée des justificatifs (état des lieux comparés, devis, factures) ; à défaut de paiement, action en justice. Selon le montant, le juge des contentieux de la protection est compétent pour les litiges locatifs. La créance n'est pas éternelle pour autant : les actions dérivant d'un contrat de location se prescrivent par trois ans à compter du jour où le bailleur a connu ou aurait dû connaître les faits (article 7-1 de la loi de 1989). Le compteur tourne dès la sortie ; mieux vaut ne pas laisser dormir le dossier.

L'état des lieux de sortie quand personne ne se présente

Le locataire qui pressent une retenue a parfois une stratégie simple : ne pas venir à l'état des lieux de sortie, voire disparaître. Or, sans état des lieux de sortie contradictoire, le locataire est en principe présumé avoir rendu le logement en bon état — un renversement qui prive le bailleur de sa preuve.

La parade est prévue par la loi. En cas de désaccord ou de défaillance d'une partie, l'état des lieux peut être établi par un commissaire de justice (article 3-2 de la loi du 6 juillet 1989), sur l'initiative de la partie la plus diligente, à frais partagés par moitié. Cet état des lieux dressé par officier public a une force probante que ne conteste pas facilement un locataire absent. Encore faut-il pouvoir le convoquer — ce qui suppose de connaître une adresse.

Récupérer sur un locataire parti sans laisser d'adresse

Toute la chaîne — état des lieux par commissaire de justice, mise en demeure, assignation, puis exécution d'un éventuel jugement — bute sur un préalable unique : disposer d'une adresse certaine. Un acte signifié à un logement que le locataire a quitté ne produit pas ses effets, ou produit un acte fragile délivré par procès-verbal de recherches infructueuses, contestable si les diligences n'ont pas été réelles. Voir à ce sujet notre article sur la signification à une personne introuvable (PV 659).

C'est précisément le rôle d'un agent de recherches privées. Le cabinet intervient sur mandat écrit signé préalable (article L621-1 du Code de la sécurité intérieure), à partir de sources légales et ouvertes et de recoupements — jamais par accès à des fichiers réservés, bancaires ou administratifs — pour établir et vérifier l'adresse actuelle de l'ancien locataire. Le rapport remis est transmissible au commissaire de justice, exploitable pour convoquer à l'état des lieux, signifier la mise en demeure ou délivrer l'assignation. Il s'agit d'une obligation de moyens : l'enquête met en œuvre les diligences utiles, sans garantir aucun résultat.

La méthode et la répartition des rôles sont détaillées dans nos articles sur la recherche d'un débiteur en 2026 et sur le dépôt de garantie face à un bailleur injoignable, qui traite la situation miroir côté locataire. Nos garanties déontologiques figurent sur la page Cadre légal & déontologie.

Sources et textes de référence

  1. Article 22 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — dépôt de garantie, justification des retenues, délais de restitution et majoration de 10 % (Légifrance)
  2. Article 7 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 — obligations du locataire, réparations locatives et réserve de la vétusté (Légifrance)
  3. Décret n° 2016-382 du 30 mars 2016 — modalités d'établissement de l'état des lieux et prise en compte de la vétusté (Légifrance)
  4. Décret n° 87-712 du 26 août 1987 — liste des réparations locatives à la charge du locataire (Légifrance)
  5. Article 1731 du Code civil — présomption de bon état en l'absence d'état des lieux d'entrée (Légifrance)
  6. Article L621-1 du Code de la sécurité intérieure — activité d'agent de recherches privées (Légifrance)

Ce contenu est informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. La qualification des désordres, l'application d'une grille de vétusté et le calcul des retenues s'apprécient au cas par cas : faites valider votre dossier par votre avocat et par le commissaire de justice chargé des actes.

À propos de l'auteur

Ianis Mimoun est le fondateur du Cabinet Véracité, agent de recherches privées agréé CNAPS (autorisation n° AUT-092-2123-01-31-20240894137). Il accompagne bailleurs, créanciers et leurs conseils dans la recherche et la vérification d'adresse de locataires et de débiteurs introuvables, en vue d'une convocation ou d'une signification régulière, et remet des rapports opposables produits dans le respect du cadre légal et du RGPD. Voir la fiche complète.

Une adresse, et le dossier avance

Localiser l'ancien locataire,
pour convoquer et signifier.

Recherche d'adresse sur sources légales, mandat écrit signé avant toute recherche, rapport transmissible au commissaire de justice. Devis nominatif sous 24 h.