La preuve : pas d'écrit, pas de droit ?
C'est le premier obstacle, et le plus fréquent. Pour réclamer un remboursement, encore faut-il prouver que la somme était un prêt — et non un don. La loi pose ici un seuil clair : au-delà de 1 500 €, un acte sous signature privée (un écrit) est en principe nécessaire pour prouver l'existence du prêt (article 1359 du Code civil).
L'écrit idéal est la reconnaissance de dette : un document daté et signé par l'emprunteur, indiquant la somme prêtée (en chiffres et en lettres) et les modalités de remboursement, dont le prêteur conserve l'original (service-public.fr). À défaut, tout n'est pas perdu : en dessous de 1 500 €, ou en présence d'un commencement de preuve par écrit (SMS, e-mails, virement libellé « prêt »), le juge apprécie les éléments. Mais la reconnaissance de dette reste la sécurité de loin la plus solide.
Le réflexe oublié : déclarer le prêt
Beaucoup l'ignorent : un prêt entre particuliers d'un montant égal ou supérieur à 5 000 € doit être déclaré à l'administration fiscale, via le formulaire Cerfa n° 2062 « Déclaration de contrat de prêt », à déposer au plus tard le 15 février de l'année suivant celle du prêt (service-public.fr).
Au-delà de l'obligation, c'est un atout en cas de litige : la déclaration date et matérialise le prêt auprès d'un tiers officiel. À l'inverse, un prêt familial non déclaré et non écrit peut être requalifié par le fisc en donation déguisée, avec des conséquences fiscales lourdes. Formaliser dès le départ protège donc autant le recouvrement que la situation fiscale du prêteur.
Le compte à rebours : cinq ans
Le droit de réclamer n'est pas éternel. Le délai de prescription de droit commun est de cinq ans, à compter du jour où le prêteur a connu (ou aurait dû connaître) les faits lui permettant d'agir — en pratique, la date à laquelle le remboursement était exigible (article 2224 du Code civil).
Si aucune date de remboursement n'a été fixée, le point de départ se discute, mais le principe reste : ne pas laisser dormir une créance. Certains actes (reconnaissance de dette renouvelée, mise en demeure suivie d'effet, action en justice) peuvent interrompre ce délai — un mécanisme que nous détaillons dans notre guide complet de la prescription.
Récupérer son argent : les étapes
1. La relance puis la mise en demeure
Avant toute procédure, on tente l'amiable. Si la relance reste lettre morte, on adresse une mise en demeure de payer, par lettre recommandée avec accusé de réception : elle rappelle la somme due, la date à laquelle le remboursement devait intervenir, et fixe un délai (souvent huit jours). C'est une étape à la fois utile (elle débloque parfois la situation) et juridiquement structurante (elle marque le point de départ des intérêts de retard).
2. L'injonction de payer
Sans réponse, le prêteur peut saisir le tribunal judiciaire par une procédure d'injonction de payer (service-public.fr). C'est une procédure simple et non contradictoire : le juge rend une ordonnance sur la base des pièces (la reconnaissance de dette y est décisive). Une fois l'ordonnance signifiée par commissaire de justice, l'emprunteur dispose d'un mois pour faire opposition ; à défaut, l'ordonnance devient exécutoire et ouvre la voie aux mesures d'exécution (saisies).
Sur la répartition des rôles entre l'agent de recherches privées et le commissaire de justice à ce stade, voyez notre comparatif « ARP vs huissier ».
Quand l'emprunteur a disparu
Tout ce qui précède suppose une condition simple, mais souvent oubliée : savoir où se trouve l'emprunteur. Une mise en demeure doit être reçue ; une ordonnance d'injonction de payer doit être signifiée à une adresse connue. Si l'ami ou le proche a déménagé, changé de ville, coupé les ponts, la procédure se bloque avant même de commencer.
C'est là qu'intervient légitimement un agent de recherches privées : retrouver l'adresse actuelle d'un débiteur particulier est une mission d'enquête civile classique, exercée à partir d'un mandat écrit, sur des sources légales, sans accès aux fichiers réservés (la méthode et ses limites sont décrites dans « Comment retrouver un débiteur légalement »). Le résultat — une adresse confirmée, consignée dans un rapport opposable — permet de relancer la mise en demeure, puis de signifier valablement les actes. Et si la personne s'est installée à l'étranger, le recouvrement reste possible : nous l'expliquons dans « Débiteur parti à l'étranger ».
Sources et textes de référence
- Reconnaissance de dette entre particuliers — service-public.fr (consulté le 26 juin 2026)
- Doit-on déclarer aux impôts un prêt d'argent entre particuliers ? — service-public.fr (seuil de 5 000 €, formulaire Cerfa 2062)
- Article 1359 du Code civil — exigence d'un écrit au-delà de 1 500 € (Légifrance)
- Article 2224 du Code civil — prescription quinquennale (Légifrance)
- Injonction de payer — service-public.fr (procédure, opposition sous un mois)
Ce contenu est informatif et ne constitue pas un conseil juridique personnalisé. Pour le recouvrement d'une somme précise, rapprochez-vous d'un avocat ou d'un commissaire de justice.
À propos de l'auteur
Ianis Mimoun est le fondateur du Cabinet Véracité, agent de recherches privées agréé CNAPS (autorisation d'exercice n° AUT-092-2123-01-31-20240894137, agrément dirigeant n° AGD-092-2029-01-26-20230827194). Il intervient sur tout le territoire national et remet des rapports opposables produits dans le strict respect du cadre légal et du RGPD. Voir la fiche complète.